Au cours des années 70, le nom de Jocelyne Berthiaume est synonyme de succès pour les producteurs et les interprètes. Il n’est donc pas étonnant qu’on fasse appel à elle pour écrire des chansons pour Michel Pilon, Nicole Martin ou encore René Simard.

 

La révolution française

Jocelyne Berthiaume voit le jour dans le quartier Rosemont, à Montréal, en 1952. C’est cependant à Nouveau-Bordeaux, à deux pas de Cartierville, qu’elle grandit. Vers 1965, elle fait la connaissance de Pierre Huet, futur membre de Beau Dommage. Ce dernier lui fait découvrir Jacques Brel et Bob Dylan. Un peu plus tard, toujours à la fin des années 60, elle rencontre Louis Parizeau, du groupe La Révolution Française. Faisant partie du même groupe, Arthur Cossette et Georges Marchand, qui seront remplacés par Angelo Finaldi et Richard Tate, ainsi que François Guy.

 

Tout en poursuivant des Études en Lettres au cégep du Vieux-Montréal, les membres du groupe lui propose d’écrire pour eux. Véronica devient ainsi sa première chanson. Dans les années 70, le groupe, qui s’est entre temps rebaptisé Sinners, fera encore appel à leur amie pour Des gens ben correct (1972), Québec nous t’aimons (1971), Douce folie (1974), Ça finit toujours par l’amour (1974) et L’interview (1975). Lorsqu’il amorce une carrière solo, François Guy interprète Il est minuit (1973).

 

Les années succès

Toujours au début des années 70, la parolière rencontre Yves Martin, producteur bien en vue à l’époque. Elle écrit alors pour Michèle Richard (Le cœur sur ma maison, 1973, Embrasse-moi et va-t-en, Je veux t’aimer), Jacques Salvail (Tourne un peu la tête, 1973), Richard Adams (Je ne sais pas pourquoi, 1973), Michel Pilon (A-t-on le droit d’aimer, 1973, Sans toi, 1973), Michel Louvain (La plus belle femme du monde, 1974) et Jacques Lepage (À quoi ça sert d’aimer, 1974), entres autres.

 

Jocelyne Berthiaume signe également des chansons destinées aux enfants, interprétées par Patof (qu’incarne Jacques Desrossiers). Parmi celles-ci citons La plus belle poupée du monde (1973), Ballade pour un clown (1972), Je veux du soleil et des chansons (1974), Si tu souris (1974) et Tapis magique (1974). À cette époque, Nicole Martin devient également une de ses interprètes fétiches. Cette dernière enregistre On est fait pour vivre ensemble (1974), Qu’est-ce qu’on peut y faire (1975), Laissez-nous notre rock’n’roll (en duo avec Jimmy Bond, 1975), Vers minuit (1976), Rien n’est impossible (1977), Bravo (1977) et Maintenant ou jamais (1977), pour ne nommer que les plus grands succès.


Collaborant fréquemment avec les compositeurs Alain Jodoin et Daniel Valois, la parolière écrit de plus en plus pour des interprètes de plus en plus variés. Paolo Noël obtient un de ses plus grands succès avec T’as donc ben des beaux bip hop, en 1974. Céline Lomez occupe les premières places des palmarès avec L’amour dans les rangs de coton (1974), Mardi gras (1974), Dans la foire de ma mémoire (1974) et Dans la lumière de l’hiver (1974). Parmi les interprètes du début des années 70, il faut encore citer Nicole Cloutier (Oh! Pardonne-moi, 1974, Tu m’as promis, 1974, Quand il partira, 1974, Moi je veux vivre ma vie, 1974, Tout au long, 1975), Anne Renée (Il est là mon enfant, 1974, Sur le bord de ma tasse de café, 1974, Tu remplies ma vie, 1978) et Liette et François (Une vie pour s’aimer, 1975).

 

Toujours plus loin

En 1973, l’auteur amorce une collaboration fructueuse avec René Simard. Pour ce dernier elle signe les textes de Tic que tic que tac (1973), Les dimanches après-midi (1974),  Fernando (1976), Toujours plus loin (1978), Je sais tout (1978), Au bord de l’eau (1978), Tu es tout pour moi (1978), Mets ta main dans la mienne (1978), Rêve (1978), Sur la route de Babylone (en duo avec Renée Martel, 1978), Souvenirs d’adolescent (1980) etc. Jocelyne écrit également, en 1973, Mon Teddy Bear pour Régis Simard, le frère de René. Leur sœur, Nathalie interprétera plus tard, à son tour, des chansons de la parolière (Tous les enfants du monde,1979 en duo avec René).

 

Le producteur des Simard, Guy Cloutier, fait aussi appel à Jocelyne Berthiaume pour d’autres artistes de son écurie. Parmi ceux-ci, outre certains déjà cités plus haut, comme Anne Renée, figurent Johnny Farago et Patrick Zabé. Le premier enregistre Donne-moi ton amour (1976), Tu es la seule (1980), Obsession, Un autre jour de fête à Montego Bay (1980), Mon ciel sur terre, Donne-moi un peu de ta tendresse, L’été est là, Le King n'est plus, Amigo, et Un air de blues, entre autres. Quant à Patrick Zabé, il obtient un grand succès avec Je bois de l’eau dans mon lit d’eau (1974). Parmi les autres chansons enregistrées par le fantaisiste, mentionnons La chasse à l’enfant (1976), Des fois (1976), Faut pas s’en faire (1976) et Le soleil de mes nuits (1976).

 

Les années Disco

En 1978, la parolière écrit les textes de l’album reggae de Boule Noire. Y sont extraits Barbados girl, Constance, La loi de Jah, À fleur de peau et Les anges de Californie. Par ailleurs, suite au succès de Donne donne (1976), Nanette Workman enregistre Je suis tannée (1977) et Docteur (1978). Martin Stevens (J’aime la musique, 1976, Sha la la encore une fois, 1976), Patsy Gallant (J’ai le droit, 1975), Jocelyne Pascal (Jenny Jenny, 1975), Toulouse (Comme par hasard, 1978, Je suis libre, 1979) et Serge Laprade (Prends soin d’elle, 1979) enrichissent la déjà longue liste des interprètes de l’auteur.

 

Devenu le compagnon de vie de l’artiste, Louis Parizeau obtient à cette époque un poste chez CBS Records.  Les productions du groupe Aut’chose, ainsi que Beauregard, Violleti et Sainte-Claire, Boule Noire, font voyager le couple à travers le monde. En Alabama, Jocelyne Berthiaume rencontre Peter Pringle et lui écrit Madame, Ailleurs, Je suis à toi, Tant de jours, tant de nuits, qui sont enregistrés au studio Muscle Shoals. En 1976, elle collabore avec son ami Richard Tate, qui interprète alors Non Non man, A cause d’un seul mot, À la recherche de musiciens, De l’autre côté de la terre, Petite fille, Qu’on soit up ou down, La route qui monte, qui sont extraits de son album solo. C’est pendant cette période florissante que Jocelyne Berthiaume fait la connaissance du producteur Denis Pantis.

 

Le début des années 80

Au début des années 80, la parolière écrit Je n’aurais jamais dû partir, chanté en duo par Paolo Noël et Nathalie Simard, en 1980. Pour la petite Simard, elle signera également C’est toi mon ami (1980), Mes amis les câlinours (1985) et Sur la plage (avec son frère René, 1983). Mimi Hétu interprète Une femme avec lui (1980), Je pense encore à lui (1981) et Plus jamais la même (1982), avec un certain succès. La parolière écrit également pour Châtelaine (Je t’attendrai, 1982, Puisqu’on fait l’amour ensemble, 1982), Daniel Hétu (Je te donne rendez-vous, 1980, Femmes du monde, 1980, Amoureux de tes yeux, 1983, Souris-moi, 1983), Le Show (Tout ce qu’il me faut, Le plaisir est pour les blondes) et Renée Martel (El lute, 1981, J’ai confiance en toi, 1981, Je voudrais danser, 1981, Personne ne le sait, 1981, Tu es revenu, 1981, Nous on aime la musique country, 1983, chanson interprétée en trio avec ses parents Marcel Martel et Noëlla Thérrien).

 

En 1984, Jocelyne épouse Louis et donne naissance à un enfant. Elle abandonne alors le métier pendant cinq ans. À son retour, l’industrie du disque a subi une mutation et elle devient réceptionniste à La Presse pour gagner sa vie. Par la suite, elle exerce la même profession au sein d’une firme d’avocats. En 2002, elle retrouve Denis Pantis et se joint à l’équipe des Disques Mérite. En plus de coordonner les nouvelles productions de la maison de disque, elle s’occupe de programmation radio et de recherches. La parolière aurait signée près de huit cent chansons (originales et adaptations confondues). Bien que peu reconnue par le métier aujourd’hui, elle reste une grande parolière et une figure marquante de la chanson des années 70 au Québec.

 

Page réalisé avec la collaboration de Jocelyne Berthiaume