Lorsqu’on évoque Maurice Vidalin, on pense instantanément à Gilbert Bécaud. Pourtant, d’autres interprètes ont jalonné la carrière de ce parolier de talent dont Michel Fugain et France Gall. Malheureusement, comme c’est souvent le cas, l’auteur nous a quittés trop tôt, nous laissant en souvenirs ses chansons, connues ou moins connues.

 

Les débuts et Bécaud

Né à Paris, en 1924, Maurice Vidalin collabore, à la fin des années 1940, avec Jacques Datin. Les chansons qu’ils écrivent alors ne remportent malheureusement guère de succès. À la même période, l’auteur rencontre Gilbert Bécaud, qui n’est encore que François Silly. Cette rencontre a lieu dans un bar d’Auteuil, Le handicap, où Bécaud est pianiste. Ensemble, ils décident d’écrire des chansons, surtout pour le plaisir. Ainsi, La femme du cambrioleur se rendra en finale du Grand Prix de la Chanson, concours organisé par l’ABC.

 

Cependant, la rencontre Bécaud-Vidalin reste, pour l’instant, sans suite. En effet, l’auteur s’engage dans la Légion étrangère, à la charnière des années quarante et cinquante. Un peu plus tard, il sera même engagé par le Club Méditerranée de Grèce. Ce n’est qu’après quelques années que Maurice Vidalin revient à la chanson, avec ses anciens complices : Bécaud et Datin.



Avec Gilbert Bécaud, d’abord, il crée
Couventine (chanson interprétée par André Claveau et que Bécaud lui-même ne chantera pas), Le mur (chanson également interprétée par Les trois ménestrels) et C‘était moi. Cette collaboration ne s’arrête cependant pas là. En effet, l’auteur, jusqu’à son décès, en 1986, écrira pour Gilbert Bécaud des dizaines de chansons dont plusieurs succès : La grosse noce (1962), Quand Jules est au violon (1963), Rosy and John (1965), Le petit oiseau de toutes les couleurs (1966), Seul sur son étoile (1966), Les petites mad’maselles (1967), Les cerisiers sont blancs (1968), Monsieur winter go home (1969), Le bain de minuit (1970), La vente aux enchères (1971), L’indifférence (1977), C’est en septembre (1978), L’amour est mort (en duo avec Martine Saint-Clair, au Canada et Irene Sheer, en France, 1981).



Les premiers interprètes

Par ailleurs, pendant les années cinquante, Maurice Vidalin crée plusieurs chansons, souvent avec la collaboration de Jacques Datin, pour des interprètes aussi divers que Mathé Altéry (Quand il m’embrasse, 1955), Marcel Amont (Julie, 1957), Marie Bizet (Elle a perdu son petit panier, 1954), André Dassary (Adieu à la nuit), Jean-Jacques Debout (Les boutons dorés, 1959, La corde, 1961, Le marchand d‘eau, 1961), Patachou (Carmen, 1959, C’est ça qui m’intéresse, 1961), Patrice et Mario (Garde ça pour toi, 1959), Colette Renard (Zon zon zon, 1957, Marie la bleue, Tais-toi Marseille, 1958) et John William (Il riait, 1953).



Le temps des copains, le temps des souvenirs

Pendant la décennie suivante, Philippe Clay interprète La chasse (1961). Maurice Vidalin écrit également pour Barbara (Vous entendrez parler de lui) et Nicole Croisille, alors débutante dans la chanson (Ça tourne rond, 1961). En 1961, l’auteur participe même au concours Eurovision avec Nous les amoureux, défendue par Jean-Claude Pascal pour le Luxembourg. La chanson remporte le premier prix et est reprise par Isabelle Aubret. Cette dernière interprète également Le gars de n’importe où et Toi si jamais (1961), autres chansons signées Datin/Vidalin.



Par ailleurs, les artistes yé-yé intègrent également des chansons de Maurice Vidalin à leur répertoire : Richard Anthony (
Au revoir, 1963), Lucky Blondo (Cette fille) et Claude François (En souvenir), par exemple. Françoise Hardy ne sera pas en reste avec Va pas prendre un tambour et Le temps des souvenirs, respectivement de 1963 et 1965. France Gall fait également partie des interprètes ayant marqué la carrière de Maurice Vidalin à cette époque. En effet, cette dernière crée Christiansen et Mes premières vraies vacances, en 1964. Elle poursuivra cette collaboration pendant quelques années encore, mais sans grand succès : La rose des vents (1966), Les leçons particulières (1966), La fille d’un garçon (1971), Made in France (1971).



Nouvelle génération

L’après yé-yé voit éclore une toute nouvelle génération d’artistes qui seront plus tard étiquetés, selon les styles de chacun, soit de nouvelle chanson française soit de variété française. Quoi qu’il en soit, plusieurs artistes issus de cette époque interpréteront des chansons de Maurice Vidalin. En 1966, Mireille Mathieu chante Paris en colère. Elle récidive, plus tard, avec Pleure mon coeur, du même auteur. L’auteur signe également pour Guy Mardel quelques chansons dont New-York (1968) et Plus tu rêves (1968). Parmi les autres interprètes de cette période, il faut citer Michel Cogoni (Ils étaient deux petits enfants et Va savoir, 1969), Michel Delpech (Le voyage, 1969) et Gilles Dreu (Il n’y a que les montagnes qui ne se rencontrent pas, 1969). Enfin, en 1969, Maurice Vidalin signe plusieurs chansons pour Mireille Darc dont Libertad, Côte soleil boulevard Arago, Déshonorée et Si tu devines.



Fugain, Aznavour, Lenorman et les autres

Les années soixante-dix s’avèrent aussi féconde que les années soixante, puisque Maurice Vidalin se trouve, après Bécaud, un autre interprète fétiche en la personne de Michel Fugain. Ce dernier connaîtra grâce à l’auteur plusieurs succès échelonnés sur plusieurs années : Les cerises de monsieur Clément (1972), Leda leda (1972), La fête (1974), Les gentils les méchants (1974), Les acadiens (1975), Le printemps (1976), Le chiffon rouge (1978).



C’est aussi pendant cette décennie que des grands noms tels que Charles Aznavour (
Liberté, 1970, reprise par Barbara et Gosse de Paris, 1971), Les Compagnons de la chanson (L’étoile filante, 1970, Germaine, 1971) ou Dalida (Ils ont changé ma chanson,1970) chanteront des chansons signées par Vidalin. Gérard Lenorman collabore lui aussi avec l’auteur, ce qui donne des chansons telles que Sans poulies ni ficelles (1974), Soldats ne tirez pas (1974), La belle et la bête (1975), Bonjour les petits enfants (1975), La fille que j’aime (1975), Pour tant d’amour (1978), Une révolution (1978), Le mariage (1983) ou Vive les vacances.



D’autres artistes enregistrent des chansons de Vidalin, pendant cette décennie dont Jean-Pierre Bourtayre (
Cet enfant qui vient de naître, 1970), Pétula Clark (Walter, 1974, Jack and John), Dani (Fallait pas, 1972), Sacha Distel (Tu ne crois pas, 1971, Câlin câlinette, 1976), Mélina Mercouri (Entre les lignes entre les mots, 1972, également chantée par Dalida), Eddy Mitchell (Les vieux loups, 1971), Michel Sardou (Danton, 1973) et Rika Zarai (Le maître du temps, 1971).



Quand le destin frappe

Après un lot si impressionnant d’interprètes de divers styles, l’auteur ne collabore plus, pendant les années quatre-vingts, qu’avec Bécaud, Fugain ou d’autres collaborateurs réguliers. Il s’éteint, en 1986, alors qu’il vient à peine d’entrer dans la soixantaine, laissant dans le deuil sa femme et ses deux fils.



Enfin, Maurice Vidalin a aussi, pendant sa carrière, adapté en français la comédie musicale
Un violon sur le toit (Fiddler on the roof). Il est également l’auteur de pièce de théâtre, qu’il n’a malheureusement pas signée, laissant sa place à des auteurs connus. Comme quoi les créateurs ne sont pas toujours reconnus pour leurs oeuvres. Heureusement, qu’il nous reste toutes les chansons que l’auteur a écrit au fil du temps pour nous restituer l’ampleur de son talent.

 

Image

~Vidalin, Maurice ; Delanoe, Pierre ; Amade, Louis. - Gilbert Bécaud. Chansons. - Tchou, 1968. - 192 p.
- Cercle du livre précieux, 1968.