Bien que la plupart des auteurs de chansons soient méconnus, certains ont réussi à se faire remarquer par le public. Parmi ceux-ci, Vline Buggy s’est forgé une place à part dans la chanson française. Cependant, plusieurs ignorent que derrière ce nom connu se cache une femme.

 

Duo d’auteurs au féminin

L’histoire commence avec un papa parolier qui travaille souvent avec Vincent Scotto, Géo Koger. Ses deux filles, Liliane et Évelyne se lancent tout naturellement sur les traces de leur père. Les deux filles choisissent leur nom au hasard en mettant plusieurs possibilités dans un chapeau.

 

C’est ainsi que Vline et Buggy, puisque c’est le nom choisit, écrivent des chansons pour Georges Ulmer (Nicole, 1947, L‘amour et l‘argent, en duo avec sa femme Betty), Anny Gould (Je crois rêver, 1955), Yves Montand (Le puits) et Luis Mariano (Encore, chanson également chantée par Lucienne Delyle). Le succès se fait cependant attendre jusqu’en 1961, année de C’est pas sérieux, chanté par Les chats sauvages.

 

Les premiers succès

Malheureusement, l’aînée des deux soeurs, Évelyne, souffre depuis plusieurs années d’une maladie intestinale. Le 14 avril 1962, elle meurt des suites de sa maladie. Liliane, convaincue qu’elle doit poursuivre sa route en chanson, réuni  les deux noms et devient Vline Buggy. Cependant, comme elle se retrouve seule avec un enfant à charge, elle doit travailler chez un installateur de cuisine ; la chanson ne lui permet pas encore de gagner sa vie. Ce n’est qu’en 1964 que l’auteur pourra vivre de sa passion.



Parallèlement, elle entre aux éditions Tropicales. Le directeur de la boîte, Rudy Revil, lui demande alors d’adapter une chanson américaine. Après avoir changé les rien rien de son premier texte en belles belles, la chansons est enregistrée par Claude François.
Belles belles belles (1962) deviendra le premier succès d’une longue série : J’y pense et puis joublie (1964), Pauvre petite fille riche (1963), Quand un bateau passe (1965), Avec la tête, avec le coeur (1968), Si javais un marteau (1963), Même si tu revenais (1965), Je sais (1964), Mais combien de temps (1966), Le jouet extraordinaire (1965), Les choses de la maison (1965) etc.



De Ma biche à Céline

À cette époque, qu’on appelle le temps des copains, Vline Buggy signe des chansons pour Frank Alamo (Ma biche, 1964, File, file, file, 1965), Johnny Hallyday (La bagarre, 1962, Le pénitencier, 1964, Mon fils, Je l‘aime),  Monty (La fête au village, Pour une marionnette), Sheila (Une femme) et Hervé Vilard (Les anges du matin, Après tant d’amour, Derrière le mur de la maison).



En 1966, l’auteur écrit
Céline, une chanson qui restera dans toutes les mémoires. Refusée par Claude François et Richard Anthony, c’est Hugues Aufray qui en fera un succès d’envergure. Ce dernier enregistre également La terre est si belle, Et si moi je ne veux pas, Adieu monsieur le professeur (1968) et À mon Hélène, pour ne nommer que les grands succès.



Et mourir de plaisir

Au début des années soixante-dix, l’auteur signe les premiers tubes de Michel Sardou : Les bals populaires, Et mourir de plaisir et J’habite en France (toutes trois de 1970). À la même époque, Marcel Amont enregistre Benjamin le bienheureux (1971) et Sur ton coeur, j’ai posé mon visage (1971).



Vline Buggy écrit également pour Alain Chamfort (
Dans les ruisseaux), Christian Delagrange (J’aime la vie avec toi, 1974, Première fille, première femme, 1975), Gilles Dreu (Si le coeur vous en dit, Mais, Le quai maritime), Michel Fugain (Les gens irremplaçables, On laisse tous un jour), Vicky Leandros (La lettre, 1969, L’une des choses que l’on oublie pas, 1972, Comme tu aimes, comme tu veux, 1972), Enrico Macias (Mélisa, Un de moins à la maison), Gilles Marchal (Pauvre Buddy River, Les maisons sans visages), Tino Rossi (Chantons la même chanson, avec son fils Laurent, La vie commence à soixante ans) et Ringo (Adorable Pussy Cat). En 1973, elle remporte le grand concours Eurovision avec la chanson Tu te reconnaîtras, interprétée par Anne-Marie David.



Par ailleurs, outre ces grands succès, Vline signe des chansons d’albums pour divers artistes dont Colette Renard (
Un diamant en forme de poire), Dalida (Depuis qu’il vient chez nous), Juliette Gréco (18 jours), Marie Laforêt (Une petite ville), Jean-Pierre Bourtayre (Je n’aurai jamais dû vendre la maison, Et nous avons parlé de toi, cette dernière reprise par Dani). Dans le même créneau, Régine enregistre J’ai toujours porté bonheur aux hommes et Les amants sont maigres, les maris sont gras, en 1973.



La découvreuse

Toujours pendant les années soixante-dix, l’auteur devient découvreuse. Sa première découverte se nomme Linda De Suza. Cette dernière interprète Le Portugais et Les oeillets rouges, entres autres. Parmi les autres découvertes de Vline Buggy figurent également Nathalie Lhermitte (Il y a des jours comme ça) et Herbert Léonard.



Pour ce dernier, elle signe pendant les années quatre-vingts toute une série de grands succès. Le premier de ceux-ci s’intitule
Pour le plaisir (1981). Suivent Ça donne envie d’aimer (1983), Sur des musiques érotiques (1987), Laissez-nous rêver (1988), Petite Nathalie et bien d’autres.



Cependant, avec plus de quarante ans de carrière, Vline Buggy a décidé de laisser sa place à d’autres auteurs. Sa retraite n’est pas étrangère avec celle de son mari, qui est chirurgien. Cependant, les chansons de Vline continueront encore longtemps de nous apporter bien des émotions.